Fred Murie est né à Rennes en 1972. Il vit et travaille en Bretagne.

Issu d’un parcours scientifique, Fred Murie développe une démarche artistique qui continue de se nourrir de cette formation initiale. Cette double culture l’a conduit de la peinture vers des expérimentations numériques, jusqu’à déployer aujourd’hui une pratique fondée sur la contrainte, la mémoire et le langage. Qu’il soit visuel, verbal ou numérique, le langage constitue le médium par lequel des traces mémorielles sont soumises à des systèmes de contraintes. Les formes hybrides et paradoxales ainsi engendrées se proposent de rendre visible ce qui nous échappe, de ranimer ce qui n’est plus.

La contrainte est ici envisagée comme un ensemble de règles à détourner, subvertir et dépasser afin d’en révéler la force créatrice. En s’émancipant de ces cadres, l’artiste produit des formes et des expériences conçues comme autant d’énigmes qui troublent notre perception du monde.

Toute mémoire peut être considérée comme une empreinte du réel inscrite dans un langage. Ces empreintes constituent la matière première de son travail. Elles peuvent être intimes, issues de récits liés aux souvenirs, naturelles, prélevées dans l’environnement, culturelles, puisées dans des textes ou des œuvres majeures, ou encore scientifiques, issues de phénomènes physiques ou biologiques.

Le moteur de cette recherche reste cependant la contrainte. Elle détermine le matériau de départ avant de le déconstruire pour le réinventer. La mémoire est alors traitée comme une information, analysée, transformée et réorganisée selon des protocoles définis par l’artiste. Règles et algorithmes soumettent ces données à des opérations de découpe, de mélange, de classement ou d’accumulation, faisant naître des formes aussi rationnelles qu’insolites. La rencontre entre langages informatiques et dispositifs plastiques permet de jouer avec l’ordre des choses et de produire de nouvelles réalités.

Si l’information issue d’un souvenir, d’une image, d’une œuvre ou d’une mesure physique, est conservée dans sa totalité, l’intégrité de son sens nous reste inaccessible. L’ambiguïté de cette présence insaisissable questionne notre rapport à l’absence. Le passé ne s’efface pas ; il nous échappe pour resurgir, fragmentaire, à travers la mémoire. Chacune de ses émanations offre une vision partielle du réel, semblable à la pièce d’un puzzle impossible à reconstituer. L’imaginaire devient alors le lieu où se recompose ce que la mémoire disperse.


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